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Sandy MASCART Conseil et négociation de prêt immobilier · Lyon

Profils atypiques

Prêt immobilier en profession libérale : faire lire vos bilans à leur juste valeur

Retraitement du résultat ligne par ligne, double compte du prêt pro, compte courant, SELARL, reprise : ce qui fait monter votre revenu retenu.

En profession libérale, la banque ne retient ni le chiffre d'affaires ni les prélèvements personnels : elle part du résultat fiscal des derniers exercices et le retraite ligne par ligne, en réintégrant ce qui n'est pas une vraie sortie d'argent et en retranchant ce qui ne se reproduira pas. Aucun texte ne fixe cette méthode : chaque banque applique sa grille, et deux lectures d'une même liasse peuvent diverger.

Par , mandataire d'intermédiaire en opérations de banque et en services de paiement ORIAS 26000541

Rayonnage de registres reliés en cuir, serrés les uns contre les autres sur toute la longueur de l'étagère.
Photo Eneida Nieves · StockSnap.io · CC0-1.0 · recadrée et retraitée

L'essentiel à retenir

  • La banque ne retient ni le chiffre d'affaires ni les prélèvements personnels, mais un résultat fiscal retraité ligne par ligne.
  • Amortissements et charges exceptionnelles sont réintégrés ou retranchés selon qu'ils traduisent ou non une vraie sortie de trésorerie récurrente.
  • Le prêt professionnel ne doit pas être compté deux fois, dans le résultat puis dans le taux d'effort : corriger ce double compte peut libérer de la capacité.
  • En société d'exercice libéral, le revenu personnel retenu est la rémunération et les dividendes versés, pas le résultat de la structure.
  • Aucun texte ne fixe la méthode de retraitement d'un bilan : chaque banque applique sa grille, et deux lectures d'une même liasse peuvent diverger.

Un dossier de profession libérale se gagne moins sur le montant de vos revenus que sur la façon dont l'analyste relit vos deux ou trois derniers exercices pour en tirer un chiffre unique : le revenu qu'il accepte de retenir. Entre le bénéfice de votre liasse et ce chiffre, il y a une série d'ajouts et de retraits que personne ne vous détaille — ni votre expert-comptable, dont ce n'est pas le métier, ni un comparateur en ligne. Les connaître, c'est pouvoir défendre chaque ligne. Cette page en dresse l'inventaire ; elle est le point d'entrée technique de la page profils atypiques.

Ce qui suit décrit des usages bancaires, pas des règles : aucun texte ne fixe la manière de retraiter un résultat, et deux analystes peuvent tirer deux chiffres différents de la même liasse. D'où l'absence ici de tout pourcentage de pondération : publié sans relevé daté auprès des établissements, il serait inventé.

Que fait la banque de vos deux ou trois derniers exercices ?

Elle ne les additionne pas, elle les relit. Chaque exercice est corrigé ligne par ligne, puis confronté aux autres pour dégager une tendance explicable. Le nombre d'exercices à fournir est une autre question, d'usage bancaire et non de droit, traitée dans l'article consacré à l'ancienneté d'activité.

La question du nombre d'exercices est celle que l'on me pose en premier, et c'est rarement la bonne. Un professionnel installé de longue date qui présente trois exercices contradictoires est un dossier plus difficile qu'une installation récente parfaitement documentée. L'analyste ne compte pas des bilans : il cherche une tendance lisible.

Le nombre d'exercices exigé et ce qui compense une antériorité courte sont traités dans l'article consacré aux indépendants et aux jeunes structures.

Quel revenu la banque retient-elle sur un BNC ou un BIC ?

Ni votre chiffre d'affaires, ni vos prélèvements personnels, ni exactement le bénéfice de la liasse. La banque part du résultat fiscal et le corrige : elle réintègre ce qui n'est pas une vraie sortie d'argent, retranche ce qui ne se reproduira pas, et vérifie que le reste est soutenable.

L'analyste cherche le revenu récurrent et disponible, pas le revenu déclaré. La déclaration suit une logique fiscale, le crédit une logique de trésorerie : les deux ne coïncident jamais tout à fait, et l'écart se lit ligne par ligne.

Le retraitement du résultat, ligne par ligne

Voici la grille. Elle vaut pour les bénéfices non commerciaux comme pour les bénéfices industriels et commerciaux, à quelques nuances de vocabulaire près. Le sens est donné du point de vue du revenu retenu : une réintégration l'augmente, un retrait le diminue.

Ligne du compte de résultat Sens habituel du retraitement Pourquoi Ce qui le fait basculer
Résultat fiscal (bénéfice) Point de départ C'est le chiffre déclaré et vérifiable Rien : c'est la base
Dotations aux amortissements Réintégrées, en tout ou partie Ce n'est pas une sortie de trésorerie Un matériel renouvelé chaque année : tout ne revient pas
Charges exceptionnelles Réintégrées si non récurrentes Un litige, un sinistre, une indemnité de départ ne se reproduiront pas La preuve du caractère exceptionnel, écrite
Produits exceptionnels Retranchés Une plus-value de cession ou une indemnité gonfle un exercice sans rien dire de l'activité Rien : ils sortent presque toujours
Subventions et aides ponctuelles Retranchées Même raison : elles ne se reproduisent pas Un dispositif pluriannuel documenté
Cotisations facultatives de retraite ou de prévoyance Souvent réintégrées C'est un arbitrage volontaire d'épargne, pas une charge d'exploitation Le caractère obligatoire d'un régime
Rémunération du conjoint collaborateur Laissée en charge C'est une vraie dépense, mais elle alimente le même foyer La présence du conjoint comme co-emprunteur
Loyers versés à une société civile que vous détenez Neutralisés ou réintégrés La charge sort de l'activité mais le revenu revient au foyer La détention réelle des parts, et le traitement du résultat de la société
Intérêts d'emprunt professionnel Laissés en charge Ils financent l'outil de travail Voir ci-dessous : le risque de double compte
Prélèvements personnels de l'exploitant Ignorés Ni charge ni revenu : c'est un virement Rien. Les confondre avec une rémunération est l'erreur la plus fréquente

Trois précisions décident souvent du dossier.

La première : la réintégration des amortissements n'est pas automatique. Elle va de soi pour un cabinet de conseil dont l'immobilisation principale est un ordinateur ; beaucoup moins pour une activité adossée à un plateau technique lourd, où la dotation correspond à un renouvellement réel. Y réclamer une réintégration complète, c'est demander à l'analyste de croire que votre matériel ne s'usera pas.

La deuxième : un produit exceptionnel se repère immédiatement. Un exercice qui décroche vers le haut sans explication attire une question, qui appelle la liasse détaillée. Apportez l'explication dès le dépôt.

La troisième : les charges de train de vie passées par l'entreprise — véhicule, téléphonie, déplacements — ne sont pas réintégrées au revenu, mais elles sont lues : elles éclairent votre coût de vie réel, donc votre reste à vivre.

Rémunération de gérant, dividendes, compte courant d'associé

Dès qu'une société est interposée, trois flux différents portent le même nom courant de « ce que je gagne », et ils ne pèsent pas du tout pareil.

La rémunération du dirigeant est le flux le mieux traité : régulière, portée sur un bulletin ou une déclaration, vérifiable sur l'avis d'imposition. C'est la colonne vertébrale du dossier.

Les dividendes sont un flux de second rang, suspendu à une décision annuelle d'assemblée : l'analyste exige plusieurs distributions successives, servies sans fragiliser la société. L'arbitrage entre rémunération et dividendes, à préparer plusieurs exercices à l'avance, est développé dans l'article sur les gérants de SASU et d'EURL.

Le compte courant d'associé n'est pas un revenu, et c'est là que naissent la plupart des malentendus. Créditeur — de l'argent laissé dans la société —, il peut servir d'apport si la société peut le rembourser sans difficulté et que ce remboursement soit acté. Débiteur, il signale que la société vous a avancé de l'argent : c'est en principe prohibé dans les sociétés commerciales, et l'analyste y voit un signal fort. Corrigez-le avant le dépôt plutôt que de l'expliquer pendant.

Le piège du double compte : l'échéance du prêt professionnel

C'est le point technique le plus rentable de cette page, et celui que je vois se retourner contre des dossiers solides. Votre prêt professionnel apparaît deux fois : ses intérêts sont déjà déduits du résultat, donc du bénéfice ; puis son échéance est comptée comme charge de crédit dans le calcul du taux d'effort.

Taux d'effort maximal fixé par le Haut Conseil de stabilité financière
35,00 %

La norme encadre le rapport entre charges de crédit et revenus. Elle ne dit rien de la façon dont le revenu d'un travailleur non salarié est reconstitué : c'est la politique de chaque établissement qui le fixe.

En vigueur depuis le
Source
Décision D-HCSF-2021-7, art. 1er — Légifrance

Compter toute l'échéance en charge sans neutraliser la part déjà supportée par le résultat revient à payer deux fois le même emprunt. Ce n'est ni malhonnête ni volontaire : c'est un automatisme de saisie. Il se corrige en le montrant, tableau d'amortissement du prêt professionnel à l'appui, et le gain de capacité est parfois considérable. Encore faut-il que quelqu'un regarde la ligne.

Le cas d'un résultat en baisse sur le dernier exercice

Un exercice en retrait ne condamne pas un dossier ; il change la méthode. La prudence l'emporte, et c'est le plus souvent le dernier exercice qui est retenu plutôt que la moyenne : sur une pente descendante, l'analyste ne parie pas sur un rebond.

Ce qui change la lecture, c'est l'explication documentée : arrêt de travail, congé maternité, investissement lourd, changement de mode d'exercice, départ d'un associé sont des causes ; une baisse sans cause est une tendance. Deux pièces font la différence : une attestation de l'expert-comptable qui explique l'écart, et une situation intermédiaire de l'exercice en cours qui montre le retour à la normale.

Installation récente ou rachat de patientèle : que regarde la banque ?

Deux choses : ce que vous avez racheté et à quel prix, puis ce qui reste après le remboursement du financement professionnel. Une reprise d'activité existante se défend bien mieux qu'une création, car elle s'appuie sur des chiffres antérieurs et sur une clientèle déjà là.

Une reprise de patientèle, de clientèle ou de parts de cabinet est un dossier double : l'opération professionnelle, et votre capacité résiduelle. La banque part des comptes du cédant, applique une décote de prudence sur le maintien de l'activité — une confiance ne se transmet pas mécaniquement —, puis déduit l'annuité du financement de la reprise.

Ce qui rassure, dans l'ordre où je le présente : le contrat de cession ou le contrat d'exercice signé, les comptes du cédant sur plusieurs exercices, la durée de l'accompagnement prévu par le cédant, l'existence d'une clause de non-concurrence, et le prévisionnel établi par un professionnel du chiffre — pas par vous.

Ce qui inquiète : un prix de reprise que rien ne justifie, un financement professionnel qui consomme toute la capacité, et un projet immobilier posé au même moment sans que personne n'ait fait la somme des deux.

SELARL ou SEL : faire concorder les deux niveaux de revenus

Il y a deux entités à analyser au lieu d'une. La banque lit les comptes de la société d'exercice pour juger la solidité de l'activité, puis votre rémunération et vos dividendes pour établir votre revenu personnel. Les deux lectures doivent être cohérentes entre elles.

Votre revenu personnel n'est plus le résultat de l'activité, mais ce que la société vous verse. Qui laisse du résultat dans sa structure — pour investir, pour lisser sa fiscalité — affiche un revenu personnel modeste à la tête d'une activité florissante : le dossier se plaide alors sur les deux niveaux.

Trois points de vigilance reviennent : la quote-part réelle détenue et les règles de sortie des statuts ou du pacte d'associés ; les cautions personnelles déjà données au titre de l'activité, qui pèsent sur votre engagement global même non appelées ; et une éventuelle société de participations financières au-dessus, qui allonge la chaîne et l'instruction.

Si l'immobilier professionnel est logé dans une société civile, les loyers versés par le cabinet sont une charge d'un côté et un revenu de l'autre : le mécanisme est décrit dans l'article consacré au financement en société civile.

Prêt professionnel et prêt immobilier : dans quel ordre les monter ?

Ensemble, jamais l'un en cachette de l'autre. Un financement professionnel signé pendant l'instruction d'un prêt immobilier, ou découvert après coup, remet le dossier à zéro. L'ordre compte moins que la transparence sur le calendrier des deux opérations.

Deux services différents les instruisent, mais les deux prêts se rencontrent : l'annuité professionnelle entre dans votre endettement personnel dès que vous êtes engagé à titre personnel — et vous l'êtes presque toujours, par la caution.

Trois configurations reviennent. Installation datée et certaine : annoncez-la et faites chiffrer les deux ensemble, sinon le prêt immobilier sera renégocié à la baisse au pire moment. Installation hypothétique : l'immobilier peut passer d'abord, à condition d'annoncer le projet. Financement professionnel déjà en place : apportez son tableau d'amortissement dès le premier rendez-vous, c'est lui qui permet de neutraliser le double compte.

La banque qui finance votre outil de travail n'est pas forcément la mieux placée pour votre résidence principale : comparez le coût total, garantie et assurance comprises, pas le taux d'appel.

Quelles pièces réunir pour un dossier libéral ?

Un dossier libéral se constitue une fois. Reconstitué trois fois, il donne l'image d'une activité mal tenue — et cette image coûte plus cher que les pièces manquantes.

  • Les liasses fiscales des deux ou trois derniers exercices, signées, avec l'accusé de télédéclaration.
  • Les avis d'imposition correspondants, pour recouper.
  • Une situation intermédiaire de l'exercice en cours, dès que la clôture date de plusieurs mois.
  • Le tableau d'amortissement de chaque emprunt professionnel en cours.
  • L'attestation de vigilance de l'organisme de recouvrement des cotisations, et celle de la caisse de retraite de votre profession.
  • Les statuts, les procès-verbaux d'assemblée d'affectation du résultat et, s'il existe, le pacte d'associés.
  • Le contrat d'exercice, de collaboration ou d'association, et le bail professionnel.
  • Les relevés du compte professionnel sur plusieurs mois.
  • Une attestation de l'expert-comptable sur la tendance de l'exercice en cours : la pièce qui, à elle seule, débloque le plus de dossiers.

Les pièces communes à tout dossier de crédit — identité, domicile, épargne, crédits en cours — sont listées dans l'article dédié au dossier de prêt.

Pourquoi deux banques ne lisent-elles pas votre bilan de la même façon ?

Parce que la réglementation encadre le résultat, pas la méthode. Elle plafonne le taux d'effort et la durée ; elle ne dit nulle part comment reconstituer le revenu d'un travailleur non salarié. Chaque établissement applique donc sa propre grille, et l'écart entre deux lectures d'une même liasse est réel.

Voilà pourquoi un dossier libéral supporte mal le dépôt unique. Sur un salaire fixe, la mise en concurrence porte surtout sur le prix ; sur un bilan, elle porte d'abord sur le chiffre retenu, donc sur le montant empruntable. L'écart entre deux établissements se mesure au dossier, jamais à l'avance.

La nature des revenus admissibles est commune à tous les dossiers : l'article sur le revenu retenu par la banque la détaille. Ce qui, dans l'organisation d'un établissement, produit ces écarts de lecture est expliqué dans pourquoi deux banques répondent différemment ; et les maisons qui ont fait du bilan leur spécialité, dans les prêteurs spécialisés.

Ce que je vérifie avant de présenter un dossier libéral

Pas de cas client chiffré ici : un exemple reconstitué serait une fiction, et sur un sujet de crédit une fiction chiffrée n'informe pas, elle rassure à tort. Voici plutôt la liste de contrôle, dans l'ordre.

  1. La cohérence liasse / avis d'imposition / relevés bancaires. Un écart non expliqué fait vérifier tout le reste.
  2. Le sens de la tendance. Si le dernier exercice baisse, l'explication et la situation intermédiaire sont au dossier avant le dépôt, pas après la question.
  3. Le double compte du prêt professionnel. Tableau d'amortissement au dossier, retraitement demandé explicitement.
  4. L'état du compte courant d'associé. Créditeur, il peut servir. Débiteur, il se règle avant.
  5. Le reste à vivre réel, charges du foyer comprises, en tenant compte de ce que la structure supporte déjà pour vous.
  6. Le calendrier des engagements professionnels à venir sur la durée du prêt.

Monter un dossier libéral prend du temps, souvent plusieurs semaines, et la question de la facturation se pose légitimement avant de s'engager.

Professionnel de santé ? Internat, remplacement, installation et association se financent différemment : l'article consacré aux médecins les traite un par un. Sur un bilan, c'est le retraitement qui décide, et aucun formulaire ne le conduit. Une fois le revenu retenu arrêté, le coût total du projet chiffre la mensualité et le coût du crédit qu'entraîne le prix visé. Liasses et tableau d'amortissement en main, faites passer votre bilan à la grille par téléphone.

Sources

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