Métier, honoraires et transparence
Peut-on mettre deux courtiers en concurrence et démarcher sa banque en même temps ?
Oui, c'est permis : consulter plusieurs intermédiaires et garder votre banque, à condition d'éviter le doublon qui fait glisser votre dossier.
Oui : consulter plusieurs intermédiaires et démarcher sa banque en même temps est permis, sauf clause d'exclusivité signée dans un mandat. La méthode compte plus que le principe : un même dossier déposé deux fois chez la même banque, par deux canaux, perd sa priorité. Il faut donc répartir les établissements, une banque par canal, dater chaque dépôt et déclarer sa propre banque à l'intermédiaire.
Par Sandy MASCART, mandataire d'intermédiaire en opérations de banque et en services de paiement ORIAS 26000541
L'essentiel à retenir
- Consulter plusieurs intermédiaires est libre et sans engagement ; seule une clause d'exclusivité signée interdit de confier la même recherche ailleurs.
- Un même dossier déposé deux fois chez la même banque, par deux canaux, perd sa priorité et passe souvent après les autres.
- Démarcher sa propre banque en parallèle d'un intermédiaire est conseillé, à condition de le déclarer pour qu'elle ne soit pas sollicitée deux fois.
- L'ordre des dépôts compte plus que leur nombre : un refus laisse une trace durable, et redéposer n'a de sens que si un paramètre a changé.
- Deux propositions se comparent au TAEG, jamais au taux nominal, à conditions identiques de durée, de montant, de garantie et d'assurance.
Oui, vous pouvez consulter plusieurs intermédiaires et démarcher votre banque en même temps : c'est légal et, bien mené, cela élargit votre comparaison sans vous engager à rien. Mais faire travailler deux intermédiaires sur le même dossier ne double pas vos chances : au-delà d'un certain point, cela les réduit. La méthode qui fonctionne tient dans un tableau de répartition, détaillé plus bas. Cette page fait partie de l'ensemble consacré à mon métier, mes honoraires et ma transparence.
A-t-on le droit de consulter plusieurs intermédiaires ?
Oui. Aucun texte ne limite le nombre de professionnels que vous pouvez consulter, ni ne vous oblige à signer où que ce soit. La seule limite est contractuelle : un mandat avec clause d'exclusivité vous interdit, pendant sa durée, de confier la même recherche à un autre.
Consulter n'est pas mandater. Rencontrez trois professionnels, comparez leurs méthodes, leurs partenaires et leurs conditions, puis n'en mandatez qu'un. C'est même la démarche que je recommande, et elle ne vous engage à rien à ce stade : la relation ne devient contractuelle qu'à la signature du mandat.
Ce que change une clause d'exclusivité
Pendant la durée du mandat, elle vous interdit de confier la même recherche à un autre. Ni bonne ni mauvaise en soi, c'est un arbitrage, à négocier contre un engagement de moyens précis. Durée, périmètre, sortie : les points à vérifier avant de signer sont dans l'article consacré au mandat.
Deux mandats non exclusifs signés en parallèle sont donc licites. Le problème n'est pas juridique, il est opérationnel.
Que se passe-t-il si deux intermédiaires déposent chez la même banque ?
Le même dossier arrive deux fois chez le même analyste, par deux canaux, parfois avec deux plans de financement légèrement différents. L'effet est l'inverse de celui recherché : le dossier perd sa priorité, soulève une question de cohérence, et passe souvent après les autres.
Le doublon vu du côté de l'analyste
L'analyste reçoit deux demandes aux mêmes noms, pour le même bien et le même montant, transmises par deux apporteurs. Trois réflexes suivent, aucun en votre faveur.
Le doute sur l'information. Si les deux versions diffèrent sur un détail — un apport arrondi autrement, un revenu retenu différemment —, la première question ne porte plus sur votre projet mais sur la fiabilité de ce qu'on lui présente.
La question commerciale. Deux apporteurs revendiquent la même affaire : un sujet interne qui prend du temps, et qui se règle rarement en votre faveur sur les délais.
La perte du bénéfice de la présentation. Un dossier présenté par un intermédiaire arrive qualifié, avec une note de synthèse et un interlocuteur identifié. Deux dépôts concurrents annulent cet avantage.
Ce que je vois le plus souvent, ce n'est d'ailleurs pas un refus. C'est un dossier qui glisse au bas de la pile et ressort après la date butoir du compromis. Le résultat est le même.
Peut-on démarcher sa banque en même temps ?
Oui, et c'est même conseillé. Votre banque est le seul établissement qui vous connaît, et elle manque souvent au périmètre de partenaires d'un intermédiaire. Une seule condition : le dire. Déclarez-la comme un canal que vous traitez vous-même, pour qu'elle ne soit pas sollicitée deux fois.
C'est la seule mise en concurrence qui ne coûte rien et ne fragilise rien, à condition d'être annoncée. Un professionnel sérieux vous demande dès le premier rendez-vous où vous êtes client et si vous avez déjà une proposition. S'il ne pose pas la question, posez-la-lui.
Apportez ensuite la proposition de votre banque, écrite, telle quelle : elle sert de plancher à la comparaison. Et si elle gagne, elle gagne : c'est l'un des cinq cas où je déconseille l'intermédiaire, détaillés dans l'article qui compare les deux voies.
Combien de banques faut-il solliciter, au juste ?
Moins qu'on ne le croit, et jamais au hasard. Ce qui compte n'est pas le nombre d'établissements interrogés mais leur pertinence pour votre profil et leur politique d'octroi du moment. Quelques établissements bien choisis valent mieux qu'un envoi massif, et il n'existe aucun nombre de référence.
Je ne vous donnerai pas de nombre idéal : il n'en existe pas de norme, et un chiffre présenté comme une règle serait une invention. Le raisonnement utile est ailleurs : chaque dépôt consomme du temps et des pièces, et grille une cartouche — une banque qui a refusé ne revient pratiquement jamais sur sa position dans les semaines qui suivent, même avec un dossier corrigé. Vos dépôts sont une ressource limitée : dépensez-les avec soin.
D'où la règle : l'ordre compte. Déposez d'abord là où le dossier a le plus de chances d'être accepté tel qu'il est, pas là où le taux affiché est le plus bas. Pour repérer ces établissements, voyez les familles de prêteurs et pourquoi deux banques répondent différemment.
Un refus n'a pas de durée de validité écrite, mais il laisse une trace dans l'établissement : un dossier représenté trop vite, sans qu'aucun paramètre n'ait bougé, reçoit la même réponse. Représenter n'a de sens qu'avec un changement démontrable — apport reconstitué, crédit soldé, co-emprunteur ajouté, plan de financement retravaillé. Raison de plus pour garder des établissements en réserve plutôt que de tout déposer la même semaine.
Répartir les établissements plutôt que multiplier les intermédiaires
Le bon réflexe n'est pas de lancer deux professionnels sur le même terrain, mais de répartir les territoires et de tenir le compte.
Le tableau de répartition, votre outil de pilotage
Ouvrez un tableau simple et tenez-le à jour vous-même. Quatre colonnes suffisent ; ce document devient la pièce maîtresse de votre dossier.
| Établissement | Sollicité par | Date de dépôt | Réponse et date |
|---|---|---|---|
| Votre banque | Vous | ||
| Banque A | Intermédiaire | ||
| Banque B | Intermédiaire | ||
| Banque C | Vous |
Trois règles d'usage. Une banque, un seul canal : la règle est absolue, c'est elle qui évite le doublon. Chaque dépôt est daté : la date tranche en cas de revendication concurrente. Le tableau se communique : donnez la liste à jour à votre interlocuteur, il vous dira lui-même quelles portes sont déjà fermées.
Vous changez d'intermédiaire en cours de route ? Récupérez ce tableau en priorité — c'est le sujet de l'article sur le changement d'intermédiaire.
Vérifiez aussi ce que recouvre le périmètre annoncé : deux professionnels qui disent travailler « avec toutes les banques » ne consultent pas forcément les mêmes, ni autant. Voir ce que la largeur d'un panel change. Et si l'un travaille en ligne et l'autre près de chez vous, ce qui les distingue vraiment se vérifie point par point : courtier en ligne ou intermédiaire de proximité.
Comment comparer deux propositions ?
Au TAEG, jamais au taux nominal, et à conditions identiques : même durée, même montant, même garantie, même quotité d'assurance. Le TAEG intègre les intérêts, les frais de dossier, le coût de la garantie, l'assurance obligatoire et les frais d'intermédiation : c'est le seul indicateur qui compare deux propositions de structures différentes.
L'administration publie la composition de l'assiette du TAEG dans sa fiche sur le coût du crédit (service-public.gouv.fr, fiche F2456) : elle y range explicitement les frais payés à un intermédiaire intervenu dans l'octroi du prêt.
Les cinq lignes qui départagent deux offres au-delà du taux
- Le coût de l'assurance emprunteur, sur toute la durée. Le poste aux écarts les plus larges, illisible sur une mensualité. Comparez à garanties et quotités identiques, sinon vous ne comparez rien.
- La garantie retenue. Caution ou hypothèque, avec ou sans restitution partielle en fin de prêt : le coût réel diffère, et ne se lit pas toujours au même endroit. Voir l'article sur le coût réel des garanties.
- Les frais annexes. Frais de dossier, tenue de compte imposée, honoraires d'intermédiation : ils sont dans le TAEG, mais leur détail montre ce qui se négocie.
- La modularité et le remboursement anticipé. Moduler l'échéance, suspendre, rembourser par anticipation, et à quelle indemnité : un prêt qu'on ne peut pas ajuster coûte cher le jour où la vie change.
- La transférabilité et les contreparties exigées. Domiciliation de revenus, épargne à souscrire, assurance habitation à transférer : des engagements réels, absents du taux.
Une proposition ne se compare pas à un taux, mais à une autre proposition, poste par poste, sur la même feuille.
Tout dire à chacun : ce qui garde votre dossier crédible
Tout, et tout de suite. C'est contre-intuitif, et c'est ce qui protège votre dossier. Dites que vous consultez plusieurs professionnels, quelles banques ont déjà été sollicitées et par qui, et que vous traitez votre banque vous-même. Rien de cela ne joue contre vous : un dossier lisible est un dossier qu'on peut défendre. La dissimulation, elle, se paie toujours au même moment — au dépôt, quand le doublon apparaît, trop tard pour corriger.
Cas fréquent et mal vécu : vous avez signé une exclusivité et voulez consulter ailleurs. Ne le faites pas en silence. Relisez la date de fin et la clause de sortie du mandat, puis demandez par écrit à en être délié, en expliquant pourquoi. Dans la plupart des situations que je vois, un mandat dont le titulaire n'a rien produit se dénoue sans difficulté par un courriel. Passer outre sans rien dire vous expose à une revendication d'honoraires le jour où le financement aboutit.
Aucun professionnel ne peut percevoir de somme tant que les fonds ne sont pas versés : la loi s'impose à tous, mais elle décale le paiement sans le supprimer. Elle ne vous protège donc pas d'une double facturation au déblocage — seul le mandat dit ce qui sera dû et à qui, comme l'explique l'article sur les frais.
La méthode en une phrase
Consultez plusieurs professionnels, mandatez-en un, gardez votre banque pour vous, et tenez le tableau. Moins spectaculaire que « je mets trois courtiers en concurrence », c'est ce qui fait passer les dossiers.
Pour comparer, deux repères publiés sur ce site : la page honoraires, qui dit poste par poste ce qui est arrêté et ce qui ne l'est pas, et la page des banques consultées, qui dit avec quels établissements les dossiers sont travaillés. Pour décider quelles banques garder pour vous et lesquelles confier à l'intermédiaire, faites relire votre plan de dépôts au téléphone.
Sources
Préparer ma demande Appeler le 06 37 98 81 25
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